Aujourd’hui je vais explorer une question fondamentale : choisir un métier, progresser dans son parcours pro et se rendre compte un beau jour qu’on est complètement sorti du chemin et qu’on est en train de tailler la jungle à la machette pour créer sa propre voie… est-ce que c’est cool ?

Rédactrice et chroniqueuse : parce que ça sonne bien

Techniquement, en ce moment, je suis rédactrice web. Enfin quand je vois la tête du début de cet article, je me demande si j’ai bien les qualifications requises… C’est optimisé à la tronçonneuse, on ne sait pas si ça va parler de rédaction web ou de steak, ouh là là, je prends des risques avec mon référencement Google, moi. Je tiens pas à la vie.

Si on se place du côté de Google, “rédacteur web” signifie quelque chose de bien précis : un métier et un mot-clé à forte concurrence (oui, les rédacteurs web sont TRES nombreux, et les rédactrices web encore plus, ne me demandez pas pourquoi, je l’ignore).

Pourtant, je préfère me définir comme “rédactrice et chroniqueuse”, parce que 1/ je trouve que ça sonne bien, 2/ ça correspond davantage à la réalité de mes missions et 3/ ça ne m’enferme pas dans la case des rédacteurs web. Je n’ai rien contre eux, hein, mais… je ne me reconnais pas à 100 % dans ce métier.

“Métier-passion”, la nouvelle injonction au bonheur professionnel

Rédacteur web, c’est un métier qui peut être assez sympa quand on l’exerce dans de bonnes conditions.

Et les “rédacteurs web passionnés”, les “agitateurs de mots”, les “serial copywriters” et autres “passionnés de stratégie de contenu”, il n’y a qu’à se baisser pour les ramasser sur Linkedin.

Je suis assez dubitative sur leur sincérité. Ils racontent à longueur de posts à quel point ils sont transcendés par le challenge permanent de l’optimisation SEO. Ah ben oui, c’est sûr, exercer correctement un métier basé sur un algorithme secret auquel personne n’a accès, comme challenge ça se pose là.

Les rédacteurs web passionnés par l’écriture, je veux bien croire qu’il y en a en masse. C’est même LA première qualité d’un rédacteur web qui se respecte !

Ecrire est une passion, rédiger c’est un métier, concilier les deux est possible.

Mais se passionner à ce point pour le SEO, les algorithmes auxquels on n’a pas accès, les préconisations de création de contenu qui changent tous les 6 mois, le code HTML ou les expressions-clés à la con, pardon mais c’est suspect.

Alors qu’est-ce que je fous là ? Pourquoi je fais ce métier ? Mon plan de carrière n’incluait pas la rédaction web. Pour tout dire, mon plan de carrière était inexistant. Je n’ai jamais eu un objectif de métier précis ni de passion dévorante qui a guidé mes études. J’ai souvent fait des choix par opportunité (ou pire, par défaut) plus que par véritable passion. Et pour cause : je n’ai pas de passion (le steak n’est pas une passion, enfin je crois).

/Insérer ici un énorme émoji qui fait bien peur, genre celui avec la tête du masque de Scream, et ajouter une phrase de transition super anxiogène, genre : “QUOI ? PAS DE PASSION ? MAIS C’EST IMPOSSIBLE !”/

Depuis le début, je sais que je ne serai pas rédactrice web à 100 % jusqu’à la fin de ma carrière pro, et ce pour deux raisons.

Au secours, Google est mon patron !

Déjà, la première raison, et pas la plus délirante : comment suis-je certaine de continuer à exercer dans la mesure où je ne sais pas si Google trouvera encore une utilité à mon métier dans les années à venir ?

Aujourd’hui, “le contenu est roi” comme on dit, et les bons textes sont indispensables sur le web. Viser l’amélioration de la qualité et la pertinence de l’information est un objectif assez noble. Et vu la merde qu’on lit sur certains sites, j’ai parfois l’impression d’accomplir une mission divine qui consiste à rendre l’internet moins cradingue.

J’avoue que je prends vraiment du plaisir à écrire de bons textes pour mes clients sur des sujets qui m’intéressent. Même si tout le monde lit sur mobile et que l’écrit est moins apprécié que l’image, la vidéo ou le podcast, le texte aurait encore un bel avenir.

Toutefois, il faut bien se rendre à l’évidence : j’ai beau être freelance, Google est quand même mon patron. Un patron qui a le droit de vie ou de mort sur mon activité.

 

Quel avenir pour la rédaction web ?

Je ne suis ni devin ni spécialiste en prospective, mais moi je n’y crois pas trop. Je suis intimement convaincue que :

  • les gens lisent de moins en moins sur Internet
  • les articles de blog obéissent surtout à la loi du référencement (naturel ou payant), ce qui rend les articles les mieux référencés plats et uniformisés, ce qui n’incite pas à la lecture
  • Google pourrait très bien décider du jour au lendemain que le texte, c’est moisi, maintenant on ne met que des vidéos, si possible avec des chatons, des loutres ou des lapins.

Personne ne peut contrôler ce qui se passe dans la Silicon Valley et je pense que mon métier a vocation à beaucoup évoluer, ou pire, à disparaître, dans un futur proche. Si j’étais chez Google, j’augmenterais d’office le score de référencement de chaque page web qui contient des photos de lapins béliers.

S’épanouir en exerçant une seule activité ? Bof…

La deuxième raison, c’est que j’ai beaucoup de centre d’intérêts et que je ne veux en privilégier aucun au détriment des autres. En clair : j’ai envie de faire plein de trucs. Etre rédactrice et chroniqueuse fait partie des mes intérêts spécifiques, et j’ai envie de dire heureusement, sinon qu’est-ce que je fous là.

Mais j’adorerais aussi être : Consultante en playlists Spotify, Upcycleuse de meubles en amateur, Découvreuse de sentiers pédestres instagrammables, Couturière du dimanche, Conseillère en rangement façon Marie Kondo, Conceptrice de cartes de Blanc Manger Coco, Sélectionneuse de couleurs pour repeindre ton appart, Etudiante en langues nordiques… Eh, mais, c’est pas des vrais métiers ça ? Non, en effet, ce sont des centres d’intérêts improbables. 

J’adore écrire, mais j’ai besoin de variété pour m’épanouir en tant que freelance. C’est comme manger tous les jours un délicieux steak saignant avec son petit gratin dauphinois : au bout de 2 semaines j’en aurais marre et je serais prête à tuer pour manger un légume vert (ce jour n’arrivera jamais, rassurez-vous, c’était juste un exemple).

La solution ? Slasheuse ? Eh bien pourquoi pas… allons explorer cette voie ! 

Ah oui, la question du début, j’oubliais : progresser dans son parcours, se poser plein de questions en cours de route, explorer son propre chemin, oui, c’est cool. Pas simple, mais cool.