Ce midi, je discutais rédaction web avec mon chéri au déjeuner. Il est maraîcher bio, donc il a un point de vue extérieur et relativement objectif. Je dis relativement parce que je lui parle beaucoup de mes clients, de ce que j’écris… et à force, il est calé en référencement naturel. 

Bref, ce midi, donc, je parlais boulot et j’étais non seulement énervée contre un client, mais j’étais aussi énervée d’être énervée contre un client.

J’étais dans une sorte de vortex de méta-énervement, ce qui débouche la plupart du temps sur de grandes conversations à table… et aujourd’hui, en prime, ça débouche sur l’article de blog 100 % local et de saison que vous êtes en train de lire qui tentera de répondre à cette épineuse question : pourquoi les gens sont prêts à payer pour des patates mais pas pour des textes ?

L’énervement c’est comme les oignons : plus tu grattes les couches, plus tu pleures.

Je replace le contexte. J’étais très énervée contre un client (une PME locale qui brasse un chiffre d’affaires très largement supérieur au mien) à qui j’envoie régulièrement des mails de relance depuis 1 mois pour une facture d’à peine 200 euros envoyée en janvier et qui n’est toujours pas payée. 

Pour cette entreprise, clairement, 200 balles, c’est rien du tout. Pour moi, c’est un mois de plein d’essence. C’est PAS rien. Pour cette entreprise, avec qui je travaille pour la première (et, croyez-moi, la dernière fois), j’ai l’impression d’être un prestataire-kleenex dont le travail n’a aucune valeur. 

enervement

Pour cette entreprise, respecter les conditions d’un devis qu’elle a pourtant signé (“paiement à 30 jours”, c’est si compliqué à comprendre ?), ça reste optionnel. Après tout, 200 balles, c’est une toute petite somme… et un article de blog, franchement, c’est pas grand chose non plus. Ben voyons.

Et c’est là qu’on en arrive à la deuxième couche d’énervement.

Je suis rédactrice web freelance depuis 2 ans et c’est la 5ème fois que je fais face à ce genre de comportement (appelons un chat un chat, ce sont des comportements de merde) :

  • Un client qui ne paie pas.
  • Un client qui paie très en retard sans livrer la moindre explication (on peut avoir des difficultés de trésorerie et envoyer un petit mail pour prévenir, ça s’appelle la politesse).
  • Un client qui négocie comme un marchand de tapis des tarifs au rabais. 

Cette liste pourrait figurer dans la bio de 90% des freelances à mon avis, mais c’est pas le sujet.

MAIS POURQUOI BORDEL ? Pourtant, j’ai bien mappé les caractéristiques de mon client idéal, j’ai fixé des tarifs en accord avec mes valeurs, j’ai appris à dire non, je suis bien dans mon slip de rédactrice & chroniqueuse, j’ai bossé mon personal branding pour barrer d’entrée de jeu l’accès aux boulets potentiels… mais il reste toujours des interstices où les clients aux comportements de merde parviennent à se faufiler. Et j’ai plus la patience pour ces conneries, vraiment.

On creuse encore dans les couches d’énervement : désormais, la simple idée qu’un nouveau client puisse avoir un comportement de merde bloque purement et simplement tout processus de prospection. Ce qui ferme donc beaucoup de portes. Ce qui est bien dommage. Ce qui m’énerve. On tourne en rond les gars.

creuse

Allez on gratte encore un peu – à force de creuser je vais trouver du pétrole, faut voir le bon côté des choses. Les clients respectueux existent, bien évidemment. Je travaille d’ailleurs majoritairement avec des gens biens, ce qui rend mon quotidien de freelance plus agréable. Mais où est-ce qu’ils se cachent tous, les gens bien ? Comment faire pour les trouver du premier coup, sans avoir à traverser un champ de patates pourries (comprendre : des clients moisis) ?

Je ne suis pas à la recherche d’une méthode pour trouver de bons clients. Des dizaines d’articles de blogs et de podcasts fournissent des conseils à ce sujet. Revenons à la source de mon énervement : la PME qui met des plombes pour valider un pauvre virement de 200 balles. 

Si ça me met hors de moi à ce point, c’est parce que mes prestations sont immatérielles, leur valeur est donc difficile à envisager et la justification de leur paiement devient abstraite. Mais le plein de ma bagnole est loin d’être abstrait, lui. 

La rédaction web c’est bon, mangez-en !

Un pot de miel ou un kilo de patates bio, on sait ce qu’on va en faire, on est capable d’envisager le bénéfice qu’on va en retirer : mmm bonne nourriture ! Et puis c’est bon, c’est local, c’est concret, c’est cool. Donc on est prêt à payer pour cela. 

Mais une visite chez le médecin c’est immatériel, non ? Pourtant, on paie 25 euros pour 15 minutes et une ordonnance de Doliprane… et on est bien content. Mais le médecin a fait 10 ans d’études pour en arriver là, et ça, ça mérite le respect. Et je suis totalement d’accord avec ça.

Un article de blog par contre… La plupart des gens ont appris à écrire à l’école acquérir de solides bases en rédaction web peut se faire en moins de 10 ans, évidemment.

Si on tire encore un peu l’élastique de cet argument (mais pas trop, parce qu’après ça devient de l’auto-dénigrement et l’élastique risque de violemment me claquer au visage) : pourquoi payer une prestation que beaucoup de gens sont en théorie capables de faire ? L’agriculeur à table face à moi répond que pratiquement n’importe qui peut aussi planter des patates et s’occuper d’une ruche. C’est pas faux. 

tarif

“Très bien, PME, vas-y, t’as qu’à l’écrire toute seule, ton article de blog !” Il sera sûrement très bon d’ailleurs, je ne remets pas en cause les compétences du service communication de cette société. Mais si elle a décidé de déléguer, c’est parce que ses équipes en interne n’avaient pas le temps de le faire.

Voilà. On y est. LE TEMPS. Je fais gagner du temps à mes clients. Au même titre que l’agriculteur fait gagner du temps à tous les gens qui ne font pas pousser des patates dans leur jardin. Le temps est la première raison pour laquelle les entreprises qui veulent enrichir le contenu de leur site web me contactent.

La question de la compétence existe aussi, mais l’équation en revient toujours à la question du temps. Je peux apprendre à mes clients à rédiger leurs propres articles. Je peux les faire monter en compétence sur la rédaction SEO. Mais s’ils n’ont pas le temps, savoir comment rédiger ne va pas les aider.

Selon un vieil adage persistant, “le temps c’est de l’argent”. Donc un prestataire qui fait gagner du temps, on doit le rémunérer à sa juste valeur, non ? Evidemment. Peut-on mesurer un gain de temps aussi aisément qu’un kilo de patates bio ? Avec un peu d’ouverture d’esprit, je suis certaine que ça se fait.

patate

Y’en a un peu plus, je vous le laisse ?

Dire que les gens sont prêts à payer des patates et pas des textes est évidemment très réducteur. C’est avant tout une question de besoin. Peu de gens ont besoin de textes alors que tout le monde a besoin de patates, c’est un produit de première nécessité. En cas d’invasion extra-terrestre on va s’arracher les patates, par contre les articles de blog, on va s’en foutre (et ce sera bien normal). C’est aussi une question de valeur qu’on accorde à un produit/service… et à la personne qui le fournit. Une question de respect, tout simplement ?

(Les illustrations proviennent de l’excellente page facebook Prise de Choux – l’humour est dans le pré).