Je suis freelance. Et en tant qu’indépendante, je m’intéresse aux questions d’entreprenariat et de bien-être, à la conciliation vie pro et vie perso, au développement personnel. Je vois donc de temps en temps passer sur le fil d’actualité de mes réseaux sociaux des « citations inspirantes ».

La citation inspirante va du proverbe berbère sur fond d’image somptueuse d’un désert apaisant à la petite phrase feelgood avec sa photo de chaton. En passant aussi par la tirade débile digne d’un algorithme d’horoscope et rédigée en typo Comic Sans avec une belle faute d’orthographe en cadeau. Vous voyez très bien de quoi je parle, les internets en raffolent, c’est une horreur.

Aujourd’hui, voici l’une de ces citations et ce qu’elle m’inspire. Parce que c’est un peu le but d’une citaiton inspirante, il faut que ça inspire des trucs. Donc, sans plus attendre, la parole est au Dalai Lama :

« Quand on enseigne qu’il faut réduire sa fascination pour les choses de cette vie, cela ne veut pas dire que l’on doit renoncer totalement à ces dernières, mais qu’il faut se garder de la tendance naturelle à passer de l’exaltation à la dépression au gré des hauts et des bas de l’existence, de sauter de joie dès que l’on réalise un gain, ou d’être prêt à se jeter par la fenêtre si l’on n’obtient pas ce que l’on veut à tout prix. Être moins préoccupé par les affaires de cette vie signifie garder un esprit vaste et stable face aux aléas de l’existence. »

Ce que ça m’inspire de prime abord, c’est : peut-on lancer ce genre de phrase pour briser la glace lors d’un apéro ? J’ai envie de dire oui, mais c’est risqué. 

Non seulement parce qu’elle est trèèèèèès longue et que, le temps de l’entendre, on a eu le temps de siffler la moitié d’une bière et d’oublier le début de la phrase en voulant rattraper le bol de chips. Mais aussi, et j’ai envie de dire surtout, parce qu’elle appelle une réponse un tantinet construite, voire longue, et ce n’est pas vraiment comme ça que j’imagine la légèreté d’une petite conversation d’apéro.

Cela dit, ça serait drôle. Vous imaginez un peu Gégé en train de vous demander votre avis sur cette phrase du Dalai Lama pendant qu’il vous sert un petit pastis ? Ça aurait quand même de la gueule. Ce serait décalé, limite esprit Canal. Mais ça pourquoi pas après tout. On peut s’appeler Gégé et apprécier davantage Matthieu Ricard que Pernod Ricard, c’est pas la question.

On s’éloigne du sujet. Finissons l’apéro et passons à table. Que m’inspire vraiment cette citation du Dalai Lama ? 

Pour commencer, la fascination pour les choses de cette vie fait partie de notre quotidien, surtout si on la considère par le prisme des réseaux sociaux. Pour exister, il faut absolument être fasciné, bouleversé, touché au plus profond, éberlué, scotché et savoir provoquer ces états. Avoir des émotions d’une telle intensité tout le temps, ça doit être épuisant ! Personnellement, j’ai renoncé à être facinée 24/7, je crains que mon cœur ne tienne pas le coup. 

Je vais même vous avouer quelque chose : parfois, je vis des expériences un peu bof. Mes lasagnes d’hier étaient sympa mais pas ultra délicieuses non plus. La semaine passée j’ai regardé une série sympa mais pas ouf. Quand je rédige pour un client, parfois c’est un peu mécanique ou ennuyeux, je ne prends pas mon pied sur tous les sujets que je traite. Dingue, non ?

Bref. La fascination, pour moi, c’est à doses homéopathiques. Mais ça n’a pas toujours été le cas. En effet, dans ma jeunesse, je passais régulièrement de l’exaltation à la dépression au gré des hauts et des bas de l’existence, pour reprendre la citation. Pas parce que j’avais une vie digne des meilleurs posts Insta de Kim K., mais parce que j’étais hyperémotive. Je réagissais de manière épidermique à chaque événement ou chaque mot, même insignifiant. Enfin, insignifiant pour les autres. Mais pour moi, c’était souvent la tempête à l’intérieur de ma tête. Aujourd’hui ça va mieux, je n’ai pas peur de dire que je suis à l’aise avec mes lasagnes à moitié bonnes et mes séries bien mais pas top : ça me fait moins d’ascenseurs émotionnels, j’ai plus l’âge de ces conneries.

Est-ce que je continue quand même de sauter de joie quand j’ai un gain ? Oui. Est-ce que je veux me jeter par la fenêtre quand je n’obtiens pas ce que je veux ? Non. Et c’est là le truc : accorder davantage d’importance aux choses positives et relativiser les choses négatives, c’est peut-être une clé… Toutefois, si elle fonctionne quelquefois, certains verrous lui résistent encore. En ce moment par exemple, je suis un peu angoissée, je ne me sens pas bien. Donc je dors mal et je suis moins efficace dans mon boulot. Ah oui, il faut peut-être que je le précise à ce stade : je fais moins bien mon travail quand j’ai des soucis, mais c’est peut-être aussi votre cas (freelance ou pas d’ailleurs) ?

Comment garder un esprit vaste et stable face aux aléas de l’existence ? Et d’ailleurs, pourquoi faire ? Pour être plus serein, plus posé, pour mieux appréhender la vie… bon d’accord, ce sont des arguments valables. Comment faire, donc  ? Je propose un mot : accepter. Accepter que les lasagnes semi-bonnes font partie de la vie, sans culpabiliser. Que le catalogue Netflix propose parfois des daubes. Que je fais mon boulot du mieux que je peux mais que certains textes sont moins bons que d’autres. Que rien n’est parfait. Qu’on est gagnant un jour et perdant le lendemain. Que ça fait partie de la vie. Je suis à deux doigts de parler de lâcher-prise…

Bref. Tout ça pour dire que, pour briser la glace à l’apéro on peut lancer le sujet sur le Dalai Lama, mais attention toutefois : la discussion risque de partir en cacahuète. Littéralement. Comme ce post pour lequel j’avais une idée de conclusion, mais que j’ai oubliée en allant chercher un nouveau paquet de chips… mais j’accepte l’imperfection de ce billet du coup, alors ça va !